auteure: Marie Sizun
Marion vit avec sa mère, Fanny, à Paris, quelques années après la fin de la guerre, rue Saint-Paul; Fanny est dessinatrice, un peu louffoque, mais ne voit plus ses parents, Maud et Henri, qui vivent avenue de Suffren. Seule la tante Elisa rend visite à Fanny et emmène Marion chez ses grand-parents pour quelques heures le dimanche sauf pendant la maladie de Fanny (Marion a vécu alors plus longtemps chez ses grand-parents). Marion et Fanny sont heureuses mais Fanny fait peur à sa fille, elle a des moments d’exaltation intense ou de profonde tristesse et Marion s’interroge; heureusement, il y a l’école; son père? un Allemand que sa mère a connu pendant la guerre et qui est mort à Stalingrad, dont Fanny parle parfois; et puis elle devient parfois si exubérante ou si prostrée elle part pour l’hôpital car Fanny est maniaco-dépressive; elle rencontre François et tout semble s’arranger et puis François disparait et Fanny ressombre dans sa folie, si angoissante, si destructrice; Marion grandit, hantée par l’angoisse, entre au collège mais sa mère est toujours aussi instable, aussi effrayante… mais Marion doit taire tout cela, car il ne faut surtout pas que sa mère retourne à l’hôpital… Maud et Henry sont là pour l’aider. Mais rien ne s’arrange…
c’est un magnifique texte sur l’amour, la maladie, la douleur de voir un être cher sombrer dans la folie, l’impuissance de l’entourage, qui sait retranscrire un huis clos angoissant. A lire absolument!
bien sûr qu’il va arriver quelque chose. Tu le sais et elle le sait. Et elle sait que tu le sais. Elle se donne un mal fou pour te cacher qu’elle va mal, que la chose grandit en elle, comme une bête qui serait là, tapie, silencieuse, aux aguets. Car, même si elle se fait pour le moment toute petite, elle est bien là, la folie, cette folie-là: c’est elle qui regarde parfois à travers les yeux de Fanny, elle qui laisse échapper une note discordante dans la voix.
oui, il y a tous ces signes qui ne trompent pas, le regard méfiant, agressif, les brusques silences, les sourires faux, les rires incongrus, et surtout le retour de l’exaltation amoureuse ou mystique: elle reprend inlassablement ces thèmes, qu’elle associe, entrelace bizarrement, celui de l’amour fidèle et celui du Dieu vengeur, de la passion et de la justice.
Cela t’exaspère, tu voudrais qu’elle s’arrête. Et quand, dans ta sottise, tu luis dis de faire attention, de se calmer, elle redouble de dissimulation. De tendresse à ton égard, mais d’une tendresse obséquieuse et fausse, comme si elle avait peur de toi.
Editions: arléa – 243 pages


